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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 21:39

 

 

 

ROYAUMINE

ou

l'herbe je-veux   

Extrait 

Numéro 9 

 

Chère et cher Toi qui me lis,

Je t’ai promis trois extraits de mon initiation dans les espaces gourmands. Promesse tenue : aujourd’hui, je te raconte une petite aventure vécue chez Monsieur Blaque, le sommelier, chez lequel je me suis ennuyée au début, puis plutôt amusée…

 

Ecoute plutôt…

 

 

 

Royaumine, princesse des collines

 

 

&  &  &  &  &  &  &

 

(…)

 

En dépit des efforts exercés par Monsieur Blaque, Royaumine s’ennuie et pense à son herbe qui l’attend sous une forme encore inconnue, cachée entre une fourchette, un moule à tarte, et un hypocras.

Le sommelier, dont l’égocentrisme atteint les cimes quand il s’agit de défendre ses produits, poursuit sans concessions son pèlerinage.

 

Quelle robe brillante pour ce cépage unique qui provient du Royaume des Arbres Eternels ! Le premier nez le dessine ouvert et complexe. Suivent de près les fleurs blanches comme le chèvrefeuille. Le deuxième nez annonce des fruits exotiques comme l’ananas. Flaire Royaumine, n’y découvres-tu point une pointe beurrée et briochée ?

 

Comment peut-on sentir dans une boisson une odeur de beurre et de brioche, se questionne Royaumine, bien décidée à ne pas céder à son instructeur la moindre parcelle de participation active.

Il ouvre alors le robinet d’une autre barrique, en retire une grande quantité dans un récipient. Il en expire très fort l’oxygène, comme s’il allait la gober tout entière, et se gargarise la gorge avec un trait qu’il vient de faire couler en bouche.  

 

— Tiens, inspire celui-là : une robe grenat foncé, avec une profondeur noble, des nuances violines et une viscosité marquée. Au premier nez, finesse et gracilité avec des arômes de fruits noirs, comme la mûre et la cerise, suivis d’une expression aristocratique du groseillier. Ah, ça alors, je décèle une masse tannique très ronde malgré sa jeunesse. Un vin complexe et versatile qui allie virilité et élégance. 

 

Il autorise Royaumine à planter les narines dans la carafe. Mais cette dernière, exaspérée de ne pouvoir goûter aux délices de l’ivresse, l’empoigne, et avant même que Monsieur Blaque n’ait pu réagir, boit goulûment le contenu entier.

 

— Royaumine, qu’as-tu fait ? Mon Dieu, ta mère ordonnera mon lynchage sur la place publique ! Vois-tu mon doigt, là ? Regarde-moi dans les yeux !  

 

Royaumine, ayant englouti en dix secondes la quantité équivalant à une tasse de chocolat fondu, s’esclaffe d’un rire convulsif. Monsieur Blaque pivote dix fois sur lui-même en se tenant la tête et égrainant paniqué « mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu. »

Il appelle Chef Cavici au secours, et éfaufile frénétiquement des phrases sans parvenir à lui expliquer ce qui s’est produit.

Chef Cavici constate le résultat final, et dans leur impuissance, les deux hommes décident de garder la princesse jusqu’à ce qu’elle ait purgé tout l’alcool. La fillette rit et danse, titube et trébuche sur un fût. Cavici lui ordonne de manger le pain et le saucisson qu’il lui tend et lui administre six cuillères à soupe d’huile de ricin contre les émanations d’haleine.

Les acolytes observent l’évolution de son état, et lui font ingérer encore un morceau de fromage, en terminant par un litre de lait. Coriace, la fillette se gausse et s’amuse. C’est ainsi que Monsieur Blaque et Chef Cavici, après l’avoir recouverte de vêtements chauds trouvés dans une pièce obscure du sous-sol qui fait office de cave pour Henri, optent pour la solution radicale : elle purgera les relents d’alcool dans une barrique vide. Les deux bougres prient le ciel afin qu’aucune envie compulsive de rendre visite au sommelier ne s’empare de Mère Reine.

Royaumine, émoustillée, s’endort lourdement et rêve. Son voyage onirique l’emporte sur une barrique de vin, à laquelle elle est attachée pour contrer le vent qui lui fouette le visage, au-dessus de la forêt et des clairières qui surplombent le château. Devant elle survient entre les nuages un vol d’oiseaux étranges, tout petits et marron, de forme ovale, qui ressemble curieusement à un essaim d’abeilles. Plus elle s’avance, plus elle écarquille les yeux : les objets volants lui rappellent les cabosses de cacao ! Son cerveau étant transpercé par la conviction qu’elle a enfin découvert l’herbe je-veux, elle engage une course-poursuite en frappant des pieds son tonneau comme si c’était un cheval. Sous l’emprise d’une rapacité sans précédent, possédée par un tempo fébrile et déchaîné, elle bat croûte terrestre, océan et ciel, à croire que sa survie dépend des fruits du cacaoyer. Malheur à son fût incapable de s’approcher de la colonie !

La galopade s’achève lorsque son moyen de transport s’arrête brusquement dans les nuages et qu’elle tombe à pic sur la terre ferme. Dans la chute libre, tandis qu’elle s’époumone de frayeur, un homme apparaît, sourit, et lui signifie sans ouvrir la bouche qu’elle obtiendra l’herbe le jour où elle cessera de s’acharner sur la volonté. Une lumière jaune intense et apaisante émane de cet être sorti du néant. Avant même d’avoir pu lui poser des questions sur sa curieuse morale, elle s’écrase au sol dans un cri qui la réveille brutalement, pour constater qu’elle est emprisonnée dans le baril.

Elle hurle au secours et Monsieur Blaque accourt promptement. Royaumine, experte en secrets et cachotteries, promet de taire cet épisode, qui l’a personnellement bien amusée, à la condition d’obtenir une fois par semaine un fruit du cacaoyer. Estimant ce chantage de circonstance, les deux compères acquiescent au caprice. Mais quand ils en touchent mot à Chef Fernand, celui-ci s’empêtre dans une noire colère.

 

— Êtes-vous seulement conscient de la valeur d’une cabosse ? Madame Physie m’en donne soixante par année, ce qui me permet de fabriquer à peu près deux kilos de bonheur. Parfois le fruit dissimule soixante graines, mais il se peut aussi qu’il n’en contienne que vingt. Le chocolat vaut du diamant, et votre stupide action risque de nous envoyer dans les abysses de l’enfer ! Comment vais-je justifier une augmentation auprès du couple royal ? Saperlipopette, quel drame, quel cauchemar !

 

— Maintenant que nous t’avons éclairé sur l’état d’ébriété de la princesse, tu en es complice, et tu te soumettras à son inconstance. Ou alors, nous serons jetés en pâture du jugement et expulsés du royaume, sermonne Monsieur Blaque.

 

Alors que les tergiversations incendient les sous-sols, Royaumine, inconsciente du cataclysme qu’elle a déclenché, gambade joyeusement dans les arabesques de ses occupations.

 

(...)

 

 

Royaumine® ou l’herbe je-veux est une œuvre intégrale protégée par le droit d’auteur. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteure ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. Royaumine® est une marque protégée.    

 

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