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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 13:19

 

 

 

ROYAUMINE

ou

l'herbe je-veux 

Extrait

Numéro 5

 


 

Héééé, bonjour lectrice et lecteur !

 

C’est dingue comme le temps s’étire lentement et file comme la lumière en une seule semaine !


Tu peux t’imaginer toutes les aventures que j’ai vécues depuis ma première communion ! Et toujours impossible de mettre la main sur l'herbe !!


Quand je ne la cherche pas désespérément, je suis une princesse comme les autres : je joue et j’ai des devoirs. Parmi les devoirs, il y a deux protocoles initiateurs destinés aux héritiers de la couronne. Je n’y échappe pas.

Aujourd’hui, Père Roi et Mère Reine m’ont appelée pour m’expliquer le premier.

Ecoute plutôt!

 

Royaumine, princesse sur terre

 

 

&  &  &  &  &  &  &

 

(...)

Le premier rite initiatique signe la visite aux malades de l’asile, édifice situé à l’extérieur des remparts du village. Il se distingue de l’hospice en ce sens qu’il accueille uniquement la population atteinte d’une maladie contagieuse, la rumeuroïde.

 

Inclinés vers leur fille comme s’ils lui susurraient un secret, Mère Reine et Père Roi lui tendent un parchemin décrivant la pathologie et la prient de le lire avec attention. Installée sous la tonnelle, elle entame la lecture.

 

Elle y découvre que l’affection est engendrée par une bactérie virulente, la muranemica esum. Ce parasite intracellulaire se développe et se reproduit très rapidement dans l’organisme de personnes qui s’embourbent dans un dogmatisme reniant les fluctuations de la vie. Parmi les germes, certains créent le ressentiment et l’animosité envers autrui, tandis que d’autres occasionnent une infection de l’appareil gracieux et courtois. Catalyseur redoutable, le microbe génère une réponse inflammatoire systémique de la joie, provoquant un choc émotionnel, voire la mort.

 

Absorbée par ce traité médical, elle continue fébrile la lecture.

 

En théorie, il est concevable de traiter la rumeuroïde dès l’apparition des premiers symptômes. À ce stade précoce, les globules joyeux de l'organisme fabriquent des anticorps qui phagocyteront les bactéries. On isole le malade dans une bassecour le temps d’une lune en lui administrant quotidiennement par voie orale un litre d’huile de jovialité, à base d’essence de rose. Il a droit à une seule lecture, les six consignes du royaume :

« Tu brosseras ta langue chaque soir et chaque matin, tu t’entraîneras à l’enthousiasme, tu pratiqueras la compassion, tu t’adonneras à une activité stimulante pour ton corps et ton esprit, tu n’émettras pas de jugement, tu honoreras les saisons. »

La cure comporte une série d’exercices visant à l’assimilation des commandements par les cellules en bonne santé. Procédé épineux. Il s’agit de préserver l’ultime charpie d’intelligence. La rapidité de la multiplication bactérienne, des milliards de descendants en quelques heures, constitue souvent l’échec du traitement.

 

Royaumine lit plus loin que la rumeuroïde évolue insidieusement. La bactérie attaque en premier lieu le muscle cardiaque, déclenchant une diminution des globules de l’allégresse. L’individu bannit le plaisir et s’éloigne du partage. Il compense son affliction par des médisances, ou des agressions verbales. Lunatique, il cherche la querelle, se plaint constamment, laisse paraître des signes d’hypocondrie. Certains malades stigmatisent les nantis, les crucifiant à la source de leur désolation. Leur rôle de victime occlut de la sorte dans le corps toute tentative de déferlement jubilatoire.

Lors de la deuxième phase, l’individu prend goût à colporter des ragots et à se lamenter, procède de manière consciente et ciblée, dans la majorité des cas envers un bouc émissaire sélectionné avec minutie. Acte intentionnel d’isoler et de nuire. Obsédé par sa nouvelle activité, il s’y jette corps et âme, et parfois, il se coalise avec d’autres infectés.

La troisième étape se caractérise par une succession de stratégies sournoises qui consistent à ébranler le quotidien de la victime et à la dégrader aux yeux d’autrui. Le bourreau expulse les flammes de l’hypocrisie et de la cruauté. Le spectre de la maladie se propage à la hauteur du sternum et le malade ressent un besoin irrépressible de dominer. Cette attitude endommage les tissus conjonctifs de la sociabilité et la moelle de la clémence. La communication s’ancre sous une forme de propos incohérents et fallacieux et la cellule souche de l’amour s’éteint. Seuls désormais le mépris, le dénigrement et la dépréciation procurent l’allégement du fardeau de la vie. La vision d’un être heureux assaillit ses nerfs. Les muscles du front se crispent, le visage se raidit, les yeux globuleux s’enlisent dans l’ombre, et la peau, ne recevant plus l’irrigation de la réjouissance, décline prématurément. Des cernes profonds creusent les orbites, la bouche grimace vers les pieds. Le malade souffre de paranoïa. Le système immunitaire ne répond plus à l’élan de la bonté.

Parfois on ne décèle que difficilement le trouble. La personne, manipulatrice, se pelote dans un débit de paroles fumeuses qui décrient le scandale du harcèlement à son égard. Elle dévoilera son vrai visage dans une situation de tensions dans laquelle elle perdra la face et se ruera sur sa victime par des invectives verbales.

Dans la majorité des cas, la famille relève chez le mal-portant une mauvaise humeur croissante et des doléances persistantes. Si elle soupçonne la rumeuroïde, elle s’adresse au médecin qui posera un diagnostic selon la tabelle des symptômes inscrits dans le Grand Livre de la Médecine du Royaume. Une fois admis à l’asile, le malade suit une thérapie qui mobilise les derniers réflexes de l’hippocampe, siège de l’amabilité et de l’empathie. Il est fréquent que le traitement essuie l’échec, et que la cellule souche de l’amour disparaisse de manière irréversible.

 

La page finale du traité explique les conditions instaurées à l’asile du village. Bien que celles-ci répondent à des critères spartiates et austères, les résidants jouissent toute l’année, sur ordre royal, d’un jardin fleuri. Sous les arbres en éclosion, ils se délectent, jour après jour, à noircir la réputation de personnes qu’ils ont fréquentées avant leur internement, à inquiéter le personnel soignant, et à se dévaloriser entre eux.

 

Royaumine enroule le parchemin et demeure songeuse. (...)

 

 

 

Royaumine® ou l’herbe je-veux est une œuvre intégrale protégée par le droit d’auteur. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteure ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. Royaumine® est une marque protégée.  

 

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commentaires

J
<br /> Mais!!! Je crois bien que dans mon entourage, certains sont atteinds de cette maladie!!!! Je reconnais tous ces sympthomes!!! Et vivent en toute liberté pourtant...<br /> Dommage que nous ne vivions pas dans ce royaume....<br /> <br /> <br />
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